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De l'éditeur au lecteur - Une bibliothèque numérique pour les handicapés visuels

Catherine Desbuquois
Association BrailleNet, France

Catherine.Desbuquois@snv.jussieu.fr

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Information sur l'auteur

Catherine Desbuquois est conservateur de bibliothèque, chargée de la lecture des personnes handicapées à la Direction du livre et de la lecture (Ministère de la culture et de la communication), en mission auprès de l'association BrailleNet depuis le 1er janvier 2001.
Après avoir dirigé des bibliothèques publiques, à Paris, et travaillé au service technique central des bibliothèques, Catherine Desbuquois a rejoint la D.L.L. où elle s'est vu confier le dossier de l'accès à la lecture des personnes handicapées.
Á son retour des États-Unis, où elle a travaillé pendant un an au service de lecture des aveugles de la Bibliothèque du Congrès (Washington D.C.), elle a rejoint BrailleNet pour y étudier, et mettre en place, le développement d'une politique contractuelle avec les éditeurs.
Catherine Desbuquois est en charge de l'alimentation du serveur Hélène en ouvrages numériques.

Résumé

Introduction

Bibliothécaire, chargée de mission auprès de l'association BrailleNet par la Direction du livre et de la lecture, je suis en charge de la mise en oeuvre d'une politique contractuelle avec les éditeurs, afin de faciliter la production et la lecture de livres adaptés pour les personnes handicapées visuelles. La première étape de cette mission est d'alimenter un serveur Internet en fichiers numériques d'ouvrages sous droits, auxquels les transcripteurs conventionnés ont accès via un processus sécurisé : c'est le serveur "Hélène".
La deuxième étape, qui découle logiquement de la première, est de permettre aux lecteurs eux-mêmes d'accéder à la lecture numérique, tout en maintenant le service aux transcripteurs, et en apportant aux éditeurs les mêmes garanties : c'est la bibliothèque "Hélène".
Pour répondre à la diversité de ces besoins, BrailleNet a adopté comme format de stockage et de conversion le format XML DTBook, NISO Z39.86, développé par le consortium Daisy. BrailleNet a mis en place des outils de conversion permettant à partir de ce format XML de générer à la demande les formats suivants :

Le problème technique essentiel est donc d'alimenter le serveur en fichiers bien structurés, au format XML DTBook.

Cet exposé ne prétend pas à une quelconque théorie ; la démarche de BrailleNet est un modèle, parmi d'autres sans doute, d'une tentative de rationalisation et d'utilisation des techniques offertes par l'Internet et le numérique.
Est-ce que ce modèle fonctionne ? Comment ? Et que manque-t-il aujourd'hui pour en accroître l'efficacité ?

1. Constitution du fonds : alimentation du serveur Hélène

1.1. Demandes des transcripteurs

Les 57 partenaires du serveur Hélène adressent ponctuellement des demandes de négociations de droits et de fournitures des fichiers correspondants : il s'agit généralement d'ouvrages grand public (adultes et jeunesse) ; les demandes de manuels scolaires sont recensées par l'INJA (Institut National des Jeunes Aveugles).

1.2. Demandes des lecteurs

Les lecteurs de la bibliothèque Hélène ont également la possibilité d'adresser des demandes d'acquisitions de nouveaux titres, comme cela se pratique dans n'importe quelle bibliothèque publique.

1.3. Repérage des titres, actualité ...

La gestion bibliographique du serveur est assurée par une bibliothécaire professionnelle, qui utilise les outils habituels d'information : "Livres-Hebdo" (la revue hebdomadaire des éditeurs/libraires/bibliothécaires), les critiques de la presse courante, ainsi que les visites en librairie ...
Le public visé est large : enfants (à partir de 5/6 ans) et adultes ; le fonds est composé d'ouvrages de fiction et documentaires, titres d'actualité ou non, best-sellers, pour un large public, étudiant, cultivé, curieux.

2. Relation avec les éditeurs

2.1. Politique contractuelle

Avant la mise en place du serveur Hélène, les éditeurs avaient pour habitude de donner leurs autorisations ponctuellement, par accord manuscrit sur la lettre de demande du transcripteur, et quelquefois pour un nombre limité d'exemplaires papier (braille la plupart du temps, très gros caractères éventuellement). Une non-réponse équivalait juridiquement à un refus. Sollicité par plusieurs transcripteurs, l'éditeur pouvait donner son accord au premier, et le refuser au(x) suivant(s) ; cette pratique perdure aujourd'hui chez les éditeurs qui refusent de coopérer au serveur, ou qui multiplient les interlocuteurs sans rechercher une quelconque rationalisation.
Depuis la mise en place du serveur Hélène et d'un service de négociation des droits, on essaie de tendre vers la simplification : un seul interlocuteur pour les éditeurs ET pour les transcripteurs.
Cependant, dans la pratique, on s'aperçoit que les contrats pèsent sur le fonctionnement des maisons d'édition, qui doivent maintenant demander formellement leur accord aux auteurs, ce qu'elles ne faisaient pas avant, ou du moins pas systématiquement. Autre difficulté, la relation contractuelle formalise étroitement le droit : et pour tel titre d'un auteur étranger dont l'éditeur ne possède pas les droits dérivés et qui est difficile à contacter, l'éditeur refuse alors purement et simplement d'accéder à la demande, se réfugiant derrière le spectre des avocats américains intraitables, ou des agents littéraires redoutables.
La politique contractuelle fait apparaître aux auteurs et aux éditeurs une activité d'édition adaptée qu'ils ont ignorée durant de nombreuses années.

2.2. Différence entre contrats et conventions + avenants

BrailleNet propose 3 contrats :

3. Rémunération

3.1. Fichiers

Le coût des fichiers est variable (de 0 à 80 Euros) ou au contraire fixe (défini par contrat, ex. 80 Euros, quelle que soit la taille de l'ouvrage).
Certains éditeurs ne font jamais payer, sans négociation ni explication d'ailleurs ...
D'autres pratiquent des prix variables, et préviennent toujours lorsque le montant envisagé dépasse le taux habituel.
Un grand éditeur a envoyé une pré-facture avant livraison, dans laquelle certains fichiers de romans atteignaient un montant de 1.200 Euros H.T., prix du fichier cédé aux éditeurs de poche : est-il utile de préciser que BrailleNet n'a pas donné suite ?

3.2. Transcriptions

Les contrats stipulent que le montant de la rémunération au titre du droit d'auteur est de 7% du prix du livre H.T. vendu en librairie par exemplaire adapté (braille ou très gros caractères) effectivement réalisé.
Les transcripteurs sont donc tenus de déclarer - via le serveur - le nombre d'exemplaires produits dans l'année. Le module "statistiques" du serveur Hélène permet de faire les relevés nécessaires au paiement de ces droits, et de les imprimer automatiquement.
Le montant ci-dessus peut sembler dérisoire, ou au contraire scandaleux : il reste que nombre d'éditeurs y tiennent.

3.3. Prêt numérique

BrailleNet a soumis une proposition de convention dite "droit de prêt numérique" à plusieurs éditeurs partenaires du serveur Hélène.
Dans le vide juridique actuel, BrailleNet propose une rémunération de 0,10 Euros par ouvrage emprunté : cette somme serait acquittée par l'association sur son budget, étant entendu que l'inscription et l'emprunt sont gratuits pour les lecteurs.
Plusieurs éditeurs étudient cette proposition. L'un d'eux a répondu en acceptant tous les termes de la convention.

4. Réception et traitement des fichiers

4.1. Fichiers des éditeurs : pourcentage de fichiers reçus, délais de réception

Cependant l'obtention des fichiers n'est pas systématique, même dans le cas de relations suivies et régulières avec un éditeur ; lorsque l'éditeur a signé l'autorisation ou le contrat, le fichier est fourni dans 90% des cas.
Il est également difficile de prévoir le délai de livraison des fichiers qui peut aller de quelques jours à plusieurs mois ...
Les fichiers sont fournis selon les cas par le service de gestion des droits, le service de fabrication interne, le composeur qui travaille à domicile, ou l'imprimeur sous-traitant ...

4.1.1. Formats

Très souvent nous recevons des fichiers aux formats MSWord (Doc, RTF) . Cela représente environ 50% des cas. Il s'agit des fichiers fournis par les auteurs, avant les phases de relecture et de mise en page. Souvent des corrections sont effectuées ensuite . Nous recevons aussi des fichiers au format PDF (30% environ) et Xpress (20%).

4.2. Fichiers des transcripteurs

Nombre de fichiers sont déposés dans le serveur Hélène par les organismes de transcription et demeurent dans une base temporaire en attente de régularisation auprès des éditeurs. La raison en est simple : la plupart des transcripteurs saisissent les ouvrages hors contrat ou négociation avec les ayants-droit. A titre indicatif, la base temporaire contient à ce jour 472 titres (et fichiers joints) pour lesquels les demandes de régularisation n'ont pas abouti.
Certains rares éditeurs, très scrupuleux, refusent que BrailleNet mette en circulation des fichiers qui ne sont pas "contrôlés" et dont l'intégrité peut être sujette à caution.

4.2.1 Formats

La plupart du temps les transcripteurs fournissent des fichiers au format MSWord (Doc), mais aussi des fichiers texte, BrailleStar (abrégé ou intégral), Abrotec, P.C.B., B.B.R., correspondant à différents logiciels d'impression braille.
Pour un seul titre, le transcripteur envoie souvent plusieurs fichiers qui correspondent aux chapitres de l'ouvrage, ou aux volumes en braille.

4.3. Conversions

Les fichiers en Xpress sont convertis - via InDesign d'Adobe - en format P.D.F., passé ensuite à l'OCR (ABBY Fine Reader) et converti en R.T.F.
L'objectif de BrailleNet étant d'offrir tous les ouvrages du fonds en un format X.M.L. dont les usagers peuvent ensuite dériver les applications nécessaires, les informaticiens ont écrit une macro Word permettant de faciliter la structuration manuelle des fichiers. Cette macro permet d'exporter le fichier en un format R.T.F. riche et structuré qui peut être transformé automatiquement en X.M.L. sur le Serveur Hélène. Le format X.M.L. obtenu permet ensuite de générer à la demande les formats suivants:

Il est à noter que l'application de la macro n'est pas automatique : la relecture (coquilles, coupures intempestives, fautes éventuelles), la saisie manuelle des notes, et la structuration en chapitres, sous-chapitres, annexes, etc... peuvent prendre beaucoup de temps.
Dans leur grande majorité les éditeurs sont peu au fait des questions liées au numérique, et ne sont sensibles qu'à la question de la sécurité.

5. Notices bibliographiques

Les notices bibliographiques peuvent comporter 11 champs :

Pour permettre aux lecteurs de la bibliothèque Hélène de trouver aisément les ouvrages, BrailleNet implémentera dans les mois à venir un logiciel d'interrogation documentaire qui portera sur le(s) sujet(s), et genre(s) liés à l'ouvrage.

Conclusion

Si nombre d'éditeurs ont adhéré au modèle proposé par BrailleNet, il en reste encore beaucoup à convaincre. La démarche proposée offre l'avantage de garantir leurs droits, sur une base contractuelle, et de constituer un guichet unique.
De leur côté, les transcripteurs utilisent le service et le serveur de plus en plus régulièrement, dans la mesure où la réponse et le délai correspondent à leurs besoins. Quant aux lecteurs, il est trop tôt pour présager de leur satisfaction : l'année qui vient sera cruciale.
Que manque-t-il encore à notre modèle pour qu'il devienne un service national, objectif de la mission initiale lancée par le Ministère de la culture et de la communication en 2001 ?
La nouvelle Loi à venir sur le droit d'auteur peut constituer un cadre juridique favorable (ou non), les performances des logiciels et des outils techniques peuvent contribuer à l'amélioration du service et de sa pérennisation au bénéfice de la lecture des personnes handicapées visuelles.
Mais le point essentiel, à mon sens, est l'attitude du monde de l'édition qu'il faut convaincre de l'intérêt général de la lecture pour tous, et donc de l'impérieuse nécessité d'aider à la circulation des sources numériques, dans un cadre juridique et économique clair.
Enfin, il faut que les pouvoirs publics légitiment officiellement la démarche entreprise, en l'incluant, pourquoi pas ? dans le large projet de "bibliothèque numérique européenne" lancé par la Bibliothèque Nationale de France.

Remerciements : les services de lecture des personnes handicapées visuelles développés par l'association BrailleNet sont soutenus pas le Ministère de la culture et de la communication (Direction du livre et de la lecture) et la société Alcatel.

Voir la fiche anglaise

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