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Livres scolaires sans barrières - Coopération entre éditeurs et fournisseurs de service en Autriche

Klaus Miesenberger
University of Linz, Autriche

klaus.miesenberger@jku.at

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Information sur l'auteur

Klaus Miesenberger est titulaire d'un doctorat en informatique et en Economie de l'université de Linz. Il dirige l'institut de recherche "Institute Integriert Studieren" de cette université et y enseigne l'informatique et les technologies d'aide aux personnes handicapées.

Il préside le groupe de travail Informatique pour les personnes Handicapées de la Société Autrichienne d'Informatique (Austrian Computer Society).

Il est membre du bureau de l'A.L.S. (Arbeitsgemeinschaft zur Lehr - und Lernmittelerstellung für Sehgeschädigte), responsable de l'accessibilité des manuels scolaires électroniques en collaboration avec les éditeurs.

Il est le fondateur de l'association internationale "International Computer Camps", qui organise des camps de vacances informatiques pour de jeunes handicapés en Europe depuis 1996.

Il est le contact national du réseau EDeAN en Autriche.

Résumé

Résumé

Cette présentation met en évidence la coopération entre les éditeurs autrichiens de livres scolaires et les fournisseurs de services aux personnes ayant des besoins spécifiques, visant à fabriquer des livres au format électronique. À l'occasion d'un projet, il a été établi :

  1. un ensemble minimum d'éléments structurants que doivent contenir les documents des éditeurs afin de pouvoir les utiliser pour la production de livres dans des formats alternatifs (i.e. braille, gros caractères, ebooks) ;
  2. des techniques et une documentation pour les éditeurs sur la façon d'implémenter un design structuré avec ces éléments en utilisant des logiciels standards de publication assistée par ordinateur (PAO) (InDesign [Indes05], QuarkXpress [Quark05]) ;
  3. des exemples de nouveaux livres et refonte de livres existants afin d'apprendre comment produire effectivement des documents accessibles ;
  4. des documents de formation, ateliers et conférences pour transmettre le savoir-faire acquis à d'autres éditeurs et agences de conception ;
  5. un accord général autorisant le transfert des livres au format électronique pour les étudiants handicapés ;
  6. un système de gestion des droits des documents (DRM) afin d'éviter une mauvaise utilisation des données ;
  7. un flux pour la coordination entre les écoles/enseignants, les fournisseurs de service, les éditeurs et le ministère.

La situation en Autriche

En Autriche, le ministère fédéral des affaires sociales fournit le matériel pédagogique, comme les manuels scolaires, pour le primaire et le secondaire. Les étudiants aveugles et mal-voyants - et, nous l'espérons, bientôt des étudiants touchés par d'autres types de handicap - peuvent commander des livres dans un format accessible.
Jusqu'à ce projet, les éditeurs n'étaient pas d'accord pour mettre à disposition et distribuer des exemplaires de livres au format numérique. La création de formats alternatifs commence avec le livre imprimé qui est scanné et lu par un logiciel de reconnaissance optique de caractère (ROC) ; ou, quand de nombreux graphiques ou des structures complexes (comme les mathématiques) sont présents, l'ouvrage est ressaisi. Au cours de ce processus, une structure était déterminée et implémentée, des titres de partie étaient définis, des listes et autres éléments structurants étaient associés au texte. Ce processus était très long.

Une alternative plus efficace consisterait à utiliser les fichiers sources de l'éditeur pour créer une version accessible pour les étudiants ayant des besoins spécifiques. Une étude menée par l'institut "Integriert Studieren" en 2003 sur les PDF sources provenant d'éditeurs a montré que :

à cause de l'absence de structure. La qualité des P.D.F. dépend de la qualité de la structuration du document source. Si le document est bien structuré, et seulement dans ce cas, sa structure est transmise au P.D.F. ou à tout autre format lors du processus de conversion. La qualité des documents était si mauvaise que, la plupart du temps, le texte n'était pas exporté dans le bon ordre. L'étude a montré que les éditeurs et les agences de conception n'utilisent pas un modèle de document structuré, n'en ayant pas un usage immédiat. Au lieu d'utiliser les moyens adéquats pour structurer le contenu, les auteurs et les compositeurs utilisent des styles visuels.
Ces résultats ont incité la mise en route d'un projet qui abordait les questions répertoriées dans le résumé. Les éditeurs sont désireux de participer car : a) la nouvelle législation [Behin05] demandera l'accessibilité des manuels scolaires et b) ils sont confrontés à des problèmes quand ils veulent utiliser une même source pour différents produits (i.e. livre, Internet, CD-Rom, audio/multimedia). Cette convergence d'intérêts a conduit à un solide partenariat pour le projet appelé : "Édition multisupports".
Cinq éditeurs participent au projet. Chacun d'eux est chargé de concevoir ou de remanier un de leurs livres en fonction d'un ensemble prédéfini d'éléments structurants. Ce modèle de structure basique défini dans le projet garantit que la version électronique du livre peut être utilisée pour la production de formats alternatifs. Une analyse du processus d'édition chez l'éditeur montre que les fournisseurs de services doivent attendre la version finale bonne à imprimer pour pouvoir travailler, car le contenu, qui doit être approuvé par les autorités, peut changer jusqu'à ce stade. Cette version finale est aujourd'hui presque toujours un P.D.F. généré par un outil de mise en page (i.e. Adobe InDesign[Indes05] ou QuarkXPress [Quark05]). À cause de cela, pour qu'une source électronique soit disponible pour les fournisseurs de services, la structure doit être intégrée lors de la mise en page.

Définition des éléments structurels pour la version électronique des livres

Pour pouvoir récupérer les données du document source et les convertir en XML, nous avons utilisé l'ensemble d'éléments du T.E.I-Standard [TEI05], en particulier la DTD TEI Lite. Les recommandations du T.E.I. pour l'encodage et l'échange de textes électroniques ont été publiées pour la première fois en avril 1994. Cet ensemble de meta-données est bien connu des éditeurs et garantit la compatibilité ou la convertibilité vers d'autres définitions en usage comme Daisy [Daisy06]. L'usage du T.E.I. permet de rester proche du futur modèle de base de données X.M.L. que les éditeurs pourraient utiliser pour gérer leurs documents. La D.T.D. T.E.I. Lite comprend un peu plus de 120 éléments servant à baliser les livres, la plupart nécessaires aux bibliothécaires. Pour simplifier le travail de tous les participants, un sous-ensemble de ces éléments a été constitué. Ce sous-ensemble comprend des éléments structurels qui ont un intérêt majeur pour la structuration des documents et le traitement automatique des données. Ce sous-ensemble ne prend pas en compte les besoins spécifiques des versions accessibles, mais peut être envisagé comme une base pour un modèle de document structuré. L'usage de ce sous-ensemble garantit que les fichiers sources (ou les P.D.F.) pourront être utilisés pour produire des versions accessibles. En général, ce sous-ensemble de la D.T.D. T.E.I. Lite comprend des éléments de structure pour :

Il comprend aussi des méta-données administratives (comme l'édition, l'année de publication, les auteurs, l'éditeur...). L'expérience acquise sur ce projet a montré que cette portion de D.T.D. était suffisante pour structurer le contenu des manuels scolaires. Après une courte formation, les éditeurs étaient capables de faire le travail eux-mêmes. Ce sous-ensemble s'est aussi avéré compatible avec les nouveaux systèmes d'édition construits autour de bases de données X.M.L.

Outils de mise en page

Après avoir défini la D.T.D., une recherche a été conduite pour savoir comment les outils de mise en page pouvaient permettre un balisage efficace et adéquat des documents lors du travail de mise en page proprement dit. Puis des procédures ont été développées pour exporter en X.M.L. la structure ainsi définie, de même que les informations de mise en page. Les deux outils de mise en page les plus utilisés ont été examinés en détails.

Adobe InDesign

InDesign de Adobe Inc. est un logiciel de publication assistée par ordinateur (P.A.O.) qui peut travailler avec des fichiers X.M.L. Il est ainsi possible d'importer un fichier X.M.L. dans InDesign et de préparer alors le document pour une sortie i.e. un livre imprimé. Cette caractéristique est une avancée importante vers l'édition multisupports et multimédia. Les tests faits avec Adobe InDesign C.S. 2 montrent qu'il est possible de baliser le texte du document de mise en page. De plus amples investigations sont conduites afin de mieux faire correspondre la mise en page à la structure. InDesign supporte la correspondance entre les balises X.M.L. et les indications de formatage du texte, mais les indications de structure doivent être ajoutées après coup. L'outil de correspondance peut être utilisé si le texte est correctement mis en page. Sinon, l'utilisateur doit sélectionner la zone de texte voulue (un chapitre par exemple) et lui assigner la balise X.M.L. correspondante.

QuarkXPress

QuarkXPress est un autre logiciel de publication assistée par ordinateur (P.A.O.) publié par Quark Inc. Avec QuarkXPress, les utilisateurs peuvent importer et exporter des Documents X.M.L. Avec Quark Digital Media Server, du contenu peut être stocké dans une base de données centrale. Il peut alors être utilisé sous des formes multiples selon les principes de l'édition multisupports.
Les logiciels Quark XTensions, qui sont des plugins, peuvent automatiser certaines fonctions et dispenser l'utilisateur de l'usage répétitif des palettes, commandes, outils et menus. Les tests conduits avec QuarkXPress 6.5 Passport (édition internationale) montrent que QuarkXPress ne peut pas importer la D.T.D. T.E.I. Pour baliser le texte du livre, une nouvelle D.T.D. linéaire, a dû être mise au point. Avec cette nouvelle D.T.D., il a été possible de faire correspondre la mise en page à des balises X.M.L. Le contenu est alors exporté dans un fichier X.M.L. C'est la version utilisée pour les travaux d'accessibilité.

Exemples de livres

Les fichiers exportés doivent être retravaillés car, comme nous l'avons dit précédemment, ils peuvent ne pas avoir de structure et certaines parties du livre n'ont pas pu être exportées (les graphiques conçus dans le logiciel de mise en page, par exemple). Ces tâches de post-production sont :

Le résultat obtenu est une version X.M.L. valide du livre. L'étape suivante est la conversion du X.M.L. via une feuille de style vers le format souhaité. Les feuilles de style pour ces conversions sont disponibles librement sur Internet [Rahtz05]. Elles permettent la conversion des fichiers X.M.L. en un ou plusieurs fichiers HTML, mais aussi la conversion en fichiers P.D.F.

Documents de formation, conférences et ateliers

Un matériel de formation a été conçu et il est utilisé lors de conférences et pour des ateliers afin de transférer ce savoir au plus grand nombre d'éditeurs et d'agences de conception.

Système de D.R.M.

Pour s'assurer que les livres n'étaient pas utilisés en dehors d'un groupe d'utilisateurs déterminé, on a adapté un système de D.R.M. Le système comporte un logiciel de lecture sécurisée et une clé matérielle (dongle) USB. Chaque étudiant dispose du logiciel et d'une clé. La clé matérielle comporte un code qui, quand elle est branchée à l'ordinateur, permet à l'étudiant de lire le livre. Ce système permet de ne pas lier l'utilisateur à un ordinateur particulier ou a un type de matériel donné. L'étudiant peut, par exemple, lire le livre à l'école, mais aussi dans un groupe d'apprentissage ou chez lui. La façon dont l'étudiant obtient ses livres et le déroulement des opérations entre l'éditeur et les fournisseurs de services est décrit dans le prochain paragraphe.

Déroulement des opérations

Pour mettre en oeuvre le processus, le professeur d'un étudiant ayant des besoins spécifiques commande un livre dans un format accessible. Si le fournisseur de livres scolaires possède déjà le livre dans son stock, il le fournit directement à l'étudiant. Sinon, le fournisseur demande la version électronique du livre à l'éditeur. Ce dernier envoie son fichier T.E.I-X.M.L. au fournisseur qui produit la version accessible du livre. Les exemplaires imprimés (braille/agrandi) sont envoyés par courrier standard. Si un document électronique est commandé, le fournisseur encode les fichiers avec le système de D.R.M. en utilisant les données de la clé matérielle U.S.B. de l'étudiant. Le livre est mis à disposition sur un serveur d'où l'étudiant peut le télécharger. Dès lors que l'étudiant dispose du logiciel de lecture et d'une clé matérielle connectée, il peut ouvrir le livre et le lire.

Accord entre l'éditeur et le fournisseur de services

Pour assurer un fonctionnement efficace du processus, un accord entre éditeurs et fournisseur de services a été conclu. Les articles clés de cet accord sont :

L'accord sera signé par tous les éditeurs et les fournisseurs. Si un fournisseur désire obtenir un livre d'un éditeur, il peut le demander sous les conditions de cet accord cadre.

Conclusion

Le résultat le plus important de ce projet réside dans le fait qu'à l'avenir la mise à disposition de versions numériques d'ouvrages imprimés soit garantie. Le projet a montré qu'il était techniquement réalisable de créer des versions X.M.L. de livres en utilisant la version destinée à l'imprimeur d'un document. L'expérience a aussi montré que la qualité des fichiers X.M.L. générés par les logiciels de mise en page n'était pas assez bonne. Il faut encore beaucoup travailler ensuite, en nettoyant et en reprenant les document X.M.L. Les personnes qui effectuent ce travail devront avoir des connaissances minimales en X.M.L. Ce sera aussi un défi de convaincre les éditeurs de créer des documents qui peuvent être exportés en X.M.L. avec un minimum d'efforts supplémentaires. Dans certains secteurs, pour le moment, les fichiers sources des éditeurs sont d'un intérêt limité, c'est le cas quand les livres contiennent principalement des images, des graphiques et autres contenus visuels. Un autre défi est l'intégration de contenus non textuels comme les mathématiques et les formules chimiques.
Le projet a fait clairement apparaître que les éditeurs transmettaient leurs documents aux imprimeurs sous forme de fichiers P.D.F. Un important chantier à venir sera de permettre aux logiciels de mise en page de créer des PDF qui soient, ou bien accessibles, ou bien facilement convertibles dans un format utile.
Quoi qu'il en soit, ces prémices ne sont que les premières étapes, mais des étapes importantes, vers l'édition multisupports. Il reste encore du travail afin de parvenir à un processus efficace de création de multiples versions d'un document à partir d'un fichier source unique.

Références

[TEI05] Page d'accueil de la Text Encoding Initative
[Quark05] Page d'accueil de QuarkXPress
[Indes05] Page d'accueil de Adobe InDesign
[Rahtz05] Text Encoding Initiative - feuilles de style X.S.L. pour le X.M.L. du T.E.I. (page d'accueil)
[Behin05] Behindertengleichstellungsgesetz - Regierungsvorlage (government bill), 2005, disponible en ligne le 13 mai 2005
[Daisy06] La page d'accueil du consortium Daisy, disponible en ligne le 19 janvier 2006

Presentation Klaus Miesenberger (ppt, 342.50 Ko)

Voir la fiche anglaise

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